20 août 2010

O tempora o mores !

Ils étaient là, empilés en vrac, les uns sur les autres, plastique fendu, vitres fêlées, parois dévissées, câbles rompus. Ils étaient là au grand soleil, à la pluie, dans la poussière, jetés pèle-mêle sans ménagements. Ils étaient là, définitivement muets, aveugles et amnésiques. De temps en temps quelqu'un passe, armé d'un tournevis menaçant, et leur arrache ici une barrette de RAM, là, un câble d'alim, pour ensuite rejeter la pauvre carcasse encore plus infirme qu'avant, qui retombe dans le tas avec un bruit de plastique qui se brise.

Et pourtant, il n'y a pas si longtemps, ils trônaient sur des bureaux, on en prenait grand soin, on les manipulait avec précaution, on était persuadé qu'ils étaient les meilleurs, les plus performants, on vantait leur haute technologie, on était fier de savoir s'en servir avec aisance, et puis, vite, si vite, sans qu'ils aient eu le temps d'en prendre conscience, alors qu'ils étaient si sûrs d'être à la pointe du modernisme, ils ont été accusés d'être dépassés, encombrants, inutilisables. Sur le bureau d'à-côté, ils ont vu apparaître un écran plat, et ont subi les regards méprisants jetés sur leur moniteur cathodique pourtant sérieusement imposant, quelques portables arrogants les ont nargués, et un beau jour...

Quelqu'un est arrivé, les a débranchés, a soulevé le lourd moniteur en poussant un juron, a balancé UC, clavier et écran dans un coffre de voiture, sans le moindre morceau de polystyrène protecteur, et les a ensuite jetés dans l'espèce de cage où ils croupissent, privés d'énergie, ne pouvant même plus afficher la moindre larme sur leurs écrans brisés.

2 commentaires:

olivier a dit…

Nostalgie quand tu nous tiens !

merlin8282 a dit…

Eh oui, c'est comme-ça... pourquoi ne pas produire tout de suite des machines performantes, qu'on ne jettera pas au bout de 4, 5, 6 ans tout au plus ? Rentabilité, quand tu nous tiens... grmbl !