21 août 2013

Scène de la vie quotidienne

Voilà une histoire qui, si elle n'est pas strictement vraie, n'est pas totalement fausse non plus (*).

Monsieur Martin est dirigeant d'une PME qui vend du matériel agricole en province. Il reçoit pour un stage Mademoiselle Monique, qui vient travailler dans le service administratif pendant un mois.

Il l'accueille le premier jour :

- Bonjour Mademoiselle, on m'a dit que vous vous y connaissiez en informatique, j'ai un travail à vous confier. Il s'agit de rédiger la fiche de l'entreprise sur Wikipédia, vous savez, ce site où il faut absolument figurer parce qu'il arrive dans les premiers résultats sur Google, dans laquelle vous allez présenter l'entreprise, indiquer nos heures d'ouverture, nos tarifs de réparation, et l'ensemble de nos prestations.
- Mais, Monsieur... Je viens d'arriver, je ne connais pas encore l'entreprise, et ne saurais pas quoi mettre
- Eh bien, vous n'avez qu'à recopier ce qu'il y a sur notre site Internet, sans oublier évidemment de mettre un lien, ça augmentera notre trafic qui est bien maigre. Allez, allez, vous avez un ordinateur à votre disposition, et j'espère que vous savez ce que signifie copier/coller.
- Oui Monsieur, je vais le faire...

Deux jours se passent, et Monsieur Martin entre en trombe dans le bureau où se trouve la stagiaire.
- Et alors, cette fiche ? Elle en est où ? J'ai beau taper Mecapourtous dans Google, ça n'amène pas sur Wikipédia, qu'est-ce que vous avez foutu ?
- J'ai fait ce que vous m'avez dit Monsieur, j'ai copié/collé le contenu du site, et l'article a été immédiatement supprimé pour cause de violation de droits d'auteur je crois...
- Violation de droits d'auteur ? Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Il est à moi ce site, je l'ai payé assez chez.. Recommencez je vous prie, et insistez, tout le monde peut écrire sur Wikipédia, je me suis renseigné, d'ailleurs, il n'y a que vous qui n'y arrivez pas...

La fin de la semaine arrive :
- Toujours rien, je me demande ce que vous fabriquez, on m'en reparlera de vos compétences en informatique, je ne vous ai pourtant rien demandé de bien compliqué, il me faut cette fiche, d'ailleurs, j'en ai parlé autour de moi, et nous attendons de pied ferme.

Monique baissa les yeux :
- Monsieur, j'ai tout essayé, j'ai même réécrit le texte entièrement, pour qu'il ne ressemble pas à ce qui figure sur le site, mais là, on m'a dit que l'entreprise n'avait aucune notoriété, qu'elle n'était pas admissible, qu'elle n'avait rien à faire dans une encyclopédie...

Monsieur Martin lui coupa la parole :
- Mais qui vous parle d'encyclopédie ? Une encyclopédie, je sais ce que c'est, mon père avait une douzaine de volumes de chez Larousse qu'il avait hérité de son oncle, là, ça n'a rien à voir,  il s'agit d'un de sites les mieux référencés, il faut y être, insistez mon petit, insistez, sinon, votre note de stage va en pâtir.
- J'ai insisté, Monsieur, j'ai essayé de publier plusieurs fois, pour voir si à force ça finirait par passer, j'ai changé le titre en Mecapourtous (Saint-Jean), j'ai supplié qu'on laisse l'article en disant que j'étais obligée de le faire, que j'étais stagiaire et que c'était important pour moi, et rien n'y a fait.. Le pire, ajouta-t-elle en baissant la voix, c'est que maintenant, je ne peux plus le publier, on m'indique que ces titres sont protégés à la création....
- QUOI éructa Monsieur martin ? Eh bien puisque c'est comme ça, vous allez immédiatement effacer John Deere et tant que vous y êtes, Massey-Ferguson aussi, ah mais !

Monique baissa la tête...
- C'est que, Monsieur, ce n'est plus possible, le compte que j'avais créé pour ça est définitivement bloqué, on m'a dit que j'avais trop insisté pour faire de la publicité.....

Monsieur Martin la fusilla du regard, et sortit en claquant la porte. Les autres employés l'entendirent grommeler : Vous m'en foutrez des stagiaires comme ça, de la publicité, de la publicité, évidemment que je voulais faire de la publicité, pour une fois que c'était gratuit, mais si on ne peux plus faire ce qu'on veut sur Internet c'est le comble... Et tout le monde s'absorba qui devant son écran, qui devant sa caisse à outils, en faisant semblant de n'avoir rien entendu.

(*) Ouais, on est en Normandie, p't'êt ben qu'oui...

J'espère qu'il n'y a pas de Monsieur Martin qui vend du matériel agricole à Saint-Jean, si c'est le cas, qu'il accepte mes excuses les plus plates, ces noms ont été choisis au hasard, et ce ne serait que coindicence !

2 commentaires:

Upsa a dit…

Theoliane, bien trouvé le prénom de Monique pour la stagiaire :-D
Cela me rappelle une certaine histoire outre-atlantique d'il y a quelques années.

Hélène a dit…

Mais voyons Upsa, il n'était pas minuit quand ce billet a été publié, donc, tu sais bien qu'avant, il est interdit d'avoir.... des pensées salaces :-D